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Statements (443)
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Sur le plan interne de l'organisation et de l'exposé du savoir, le conservatisme nécessaire à la "reproduction" didactique (Bourdieu-Passeron) s'allie plus ou moins bien avec l'intention de dévoiler les difficultés, les interrogations et les angoisses de l'épistémologie contemporaine. L'Encyclopédie française ou l'Universalis s'opposent en France à des ouvrages plus strictement pédagogiques, qui se doivent de rassurer en assurant. Dans chaque situation historique, le genre encyclopédique dépend des grandes options de la culture et de l'accumulation de ses références mentales : ici les notions d'épistémé (Foucault) et de doxa (Barthes) jouent pleinement.
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L'eurêka consiste à réaliser tout à coup le sens ou la portée d'une idée pourtant bien ancienne. Une re-trouvaille, en somme. Parfois, c'est plus subtil. La perception réorganise ce qu'elle a sous les yeux. Elle arrange autrement ou relie de manière inédite... Combiner ou recombiner les idées semble même être une des recettes préférées des philosophes. Platon a voulu réconcilier l'impossibilité du changement décrite par Parménide avec la nécessité de cj=hanger constatée par Héraclite... Le passé est indispensable à la trouvaille. Mais il est aussi l'obstacle à démolir. La trouvaille est à la fois démontage et remontage, mais l'assemblage final est différent.
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La doctrine de la vacuité : les choses [...] sont vides d'être propre. La vacuité d'être propre des choses implique la vacuité de leur déroulement et de leur coproduction conditionnée. Tout changement, toute évolution et tout mouvement de l'apparaître et du disparaître des choses vides d'être propre ne peuvent être qu'eux-mêmes vides d'être propre. La vacuité, qui n'est ni l'être ni le ne-pas-être, ni à affirmer ni à nier dans son éternelle similitude à elle-même, n'est autre que la nature originelle de toutes choses, et toutes choses sont elles-mêmes de l'ordre de la non-naissance et de la non-disparition. Rien n'apparaît, rien ne disparaît, rien ne diminue, rien n'augmente fondamentalement.
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Ce qui signifie que l'efficacité ne vient plus strictement de moi, sujet d'initiative, concevant et voulant, construisant idéalement un plan, puis m'acharnant à le mettre en oeuvre, selon le bon vieux rapport théorie-pratique dont l'Europe n'a pas décollé ; mais qu'elle procède à même la situation si je sais y diagnostiquer le potentiel en ma faveur, à titre de facteurs porteurs, puis l'exploiter graduellement. La situation ne sera plus, dès lors, cette donnée rétive et résistante à quoi je dois imposer mon plan dressé d'avance, mais une mine dont j'explorerai les filons, un champ de ressources dont je suivrai les sillons tel un réseau d'opportunités diverses sur lesquelles j'apprends à "surfer"
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12 - Aucun souci de la façon dont nos actions se reflètent sur autrui fait partie de n'importe laquelle des trois émotions empoisonnées. C'est l'absence de toute inclination à s'abstenir d'un comportement destructeur par manque de considération de la façon dont nos actions se reflètent sur les personnes avec qui nous sommes en relation. Ces personnes peuvent inclure notre famille, nos enseignants, un groupe social, un groupe ethnique, un ordre religieux, ou nos concitoyens. Pour Vasubandhu, ce facteur mental est l'absence de scrupules et signifie un manque de retenue d'une conduite ouvertement négative. Ce facteur mental auxiliaire et le précédent accompagnent tous les états d'esprit destructeurs.
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"Au pôle opposé de cette nature de ténèbres [l'animalité], la folie fascine parce qu'elle est savoir. Elle est savoir parce que toutes ces figures absurdes sont en réalité les éléments d'un savoir difficile, fermé, ésotérique. Ces formes étranges sont situées, d'emblée, dans l'espace du grand secret [...]. Ce savoir, si inaccessible, et si redoutable, le Fou, dans sa niaiserie innocente, le détient. Tandis que l'homme de raison et de sagesse n'en perçoit que des figures fragmentaires - d'autant plus inquiétantes - le Fou le porte tout entier en une sphère intacte : cette boule de cristal, qui pour tous est vide, est pleine, à ses yeux, de l'épaisseur d'un invisible savoir.", Michel Foucault, Histoire de la folie à l'âge classique
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1 - Le ressenti d'un niveau de bonheur est la façon dont nous expérimentons les arrivées à maturation de notre karma. Celles-ci comprennent :
- les facteurs agrégés avec lesquels nous naissons
- l'environnement dans lequel nous vivons
- les évènements qui nous arrivent conformément à ce que nous avons fait dans le passé
- nos penchants à répéter nos schémas comportementaux antérieurs.
Un niveau de bonheur est ce que nous expérimentons sous forme d'arrivée à maturation d'un karma constructif. Un niveau de souffrance est ce que nous expérimentons sous forme d'arrivée à maturation d'un karma destructeur. Le bonheur, la neutralité et la souffrance forment un éventail ininterrompu de ressentis qui peuvent être d'ordre physique ou mental.
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Les cadres de pensées transitoires se divisent en deux groupes. Le premier constitue les représentations proprement dites. Celles-c- se forment dès qu'il s'agit d'interpréter ou de comprendre une situation, ou dès qu'il s'agit de choisir ou de décider. Nous nommerons le second grupe les "trouvailles". Lorsqu'il s'agit de trouvailles, l'effort est décidé, le désir et la volonté de construire quelquechose de neuf existent bel et bien. Il y a un choix délibéré de construire des images mentales fragiles, provisoires, jusqu'au jour où... mais oui, eurêka ! Ce sont les hypothèses risquées, les schémas osés, les grilles de lecture aventureuses qui ont un jour permis les jugements sûrs, les théories robustes, voire les paaradigmes fédérateurs.
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Le sens tel qu'il est conçu chez Dôgen est essentiellement de l'ordre de la production, l'ordre du paraître. C'est pourquoi il doit naître ici et maintenant dans cet univers de la résonance qui est l'écriture, par la trituration d'une fleur. [...] Le sens doit se réaliser comme présence à ce-juste-moment-tel-quel où la pureté de la méditation assise sans formes ni couleurs - comme l'Oeil sans objet - transperce le recto. L'ordre atemporel du zazen dans sa radicalité du rien réalisera alors de parfaites épousailles avec l'ordre temporel de la Loi du phénomène, sans mélange ni confusion. Le sens n'est ni du côté du recto ni du côté du verso, ni du côté du texte (l'objet) ni du côté du lecteur (le sujet) ; il est de l'ordre de la rencontre et de la résonance.
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Un jour qu'il passait devant un immense chantier de construction, un homme vit une foule de personnes dégoulinantes de sueurs qui transportaient des briques sous un soleil ardent. Il avisa l'un d'eux et lui demanda : "Qu'est-ce que vous faîtes ?". L'homme répliqua, d'un ton rogue : "Vous ne voyez pas ? Charrier des briques, c'est un boulot très pénible !" Il posa la même question à un deuxième ouvrier. Beaucoup plus placide que le premier, celui-ci rangea soigneusement les briques qu'il portait, et, après un dernier coup d'oeil à sa pile, répondit : "Je construis un mur." Il interrogea ensuite un troisième travailleur. Jovial et affable, ce dernier posa son fardeau, s'essuya le front et, relevant la tête, dit avec une grande fierté : "Nous bâtissons une église."
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Le problème mal résolu de l'appréciation critique de textes très complexes. Selon que cette appréciation porte sur la structure d'ensemble (ce qui est rare) et sur des intentions de programme - la première étant censée refléter les secondes -, sur les valeurs d'utilité des informations réunies, sur leur "valeur de vérité", sur leur objectivité, sur l'efficacité didactique de l'ensemble par rapport à un public déterminé, ou encore sur l'appréciation ponctuelle des "lacunes", eds erreurs, des excès (par rapport à un programme le plus souvent implicite et mal connu), ou enfin par la teneur des textes, appréciée d'après une idéologie, d'près des jugements de valeur esthétiques ou éthiques, on imagine la variété des estimations qui peuvent être portées sur un même ouvrage.
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Pour reprendre une image de Heidegger, il existe une aube du déploiement de la pensée qui ne connaît pas encore le concept. Nous dirions plutôt : où elle n'a pas encore produit le concept. La pensée préexiste au concept, mais quand celui-ci émerge de la combinatoire symbolique, les instances préconceptuelles de la pensée ne disparaissent pas pour autant. Elles cohabitent. Le concept relève de l'émergence d'un niveau supérieur de l'être à travers lequel il se regarde et se pense lui-même. Il n'est en aucun cas la condition d'existence de l'être ni de ses différents modes unifiés - situations, paysages. Nous nous situons donc dans une perspective très éloignée de ceux qui croient qu'il n'existerait qu'une distribution dichotomique entre un magma informe, d'une part, et les concepts pour lui donner existence, de l'autre.
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La destruction d'arbres, êtres vivants et uniques, suscite chez George Sand effroi et désespoir dans plusieurs scènes romanesques. Dans "Le Péché de M. Antoine" (1845), les lois économiques font oeuvre de mort : "L'abattis d'arbres qui blessait si vivement M. de Boisguibault avait été fait sur le bord de la petite rivière, et les sveltes peupliers, les vieux saules et les aulnes majestueux, en tombant pêle-mêle, avaient formé comme un pont de verdure sur cet étroit courant." Dans "François le Champi (1848), les arbres abattus sont d'autres martyrs de la nécessité financière :"Mais il manquait beaucoup d'arbres à l'entour de la maison, et l'endroit était bien changé. Les dettes du défunt Blanchet avaient joué de la cognée, et on voyait en mainte place, rouge comme sang du chrétien, le pied des grands vergnnes fraîchement coupés.
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16 - La paresse fait partie de la naïveté. Avec la paresse, l'esprit ne va pas vers quelque chose de constructif et ne s'y engage pas, parce qu'il s'accroche aux plaisirs de dormir, de s'allonger, [de somnoler], de se détendre, etc. Il y a trois types de paresse :
- La léthargie et la procrastination est le fait de ne pas avoir envie de faire quelque chose de constructif maintenant et de le remettre à plus tard à cause d'une apathie face aux souffrances à la récurrence incontrôlable du samsara, de s'accrocher aux plaisirs de l'oisiveté ou de se réfugier dans le sommeil comme moyen de fuite
- S'accrocher aux choses ou aux activités négatives ou futiles comme, par exemple, les jeux de hasard, la boisson, les amis qui ont une mauvaise influence sur nous, la fête, etc.
- Le découragement et les sentiments de ne pas être à la hauteur
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Non, cette déprise de la disponibilité est une prise, et même plus adroite parce que fluide, non engoncée, non arrêtée. La notion, en même temps qu'elle est éthique, est stratégique. "Prise" d'autant plus efficace qu'elle ne se localise plus, ne se spécifie plus, ne s'impose plus. Elle est d'autant plus continûment ajustée que , ne visant plus, elle n'est jamais déçue ni dapourvue, elle n'est ni déroutée ni fragmentée. "Prise" d'autant plus ample - ou plutôt ne connaît elle plus de borne ou d'extrémité - du seul fait qu'elle ne se donne plus de piste à suivre, de but à satisfaire, de quête à combler, d'objet à s'emparer. Car cette prise par déprise n'est plus orientée ; elle ne projette plus, elle est sans ombre portée, n'est plus conduite par une intentionalité, tient par conséquent tout à égalité. Son captage est grand ouvert parce qu'il n'attend rien à capter.
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Le problème principal de notre époque réside dans cette incapacité, tournant le dos à la vie, d'entrer en amitié sincère avec ce qui est éphémère. On considère comme superflu ou dilettante tout agir qui déploie la multiplicité des possibles, qui se donne comme onjectif de désenclaver les processus des impasses où notre époque les a conduits. Nous n'avons pourtant pas d'autres solutions à trouver que celles qui, sans rien promettre à personne, nous réengage dans des processus de vie et d'existence : croire un peu moins à nous-mêmes, à nos identités sclérosées, élargir notre champ d'aperception du monde et de nous-mêmes, comprendre que ce qui arrive, ça nous arrive, repousser les limites de la séparation sur laquelle se fonde notre société... Penser et agir en termes de paysage n'apporte nulle solution, mais de acquis fondamentaux, qui nous réengagent du côté de la vie.
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Selon l'OMS, « des liens sociaux de qualité sont essentiels à notre santé mentale et physique ainsi qu'à notre bien-être ». Avoir un réseau relationnel satisfaisant « procurerait avant tout un soutien permettant de modérer le stress suscité par certains événements ou situations », et pourrait jouer un rôle de protection contre le risque de dépression. Également, les personnes avec une diversité et une densité de contacts sociaux ont une estime de soi plus élevée, une meilleure qualité de sommeil et d'alimentation, et sont plus nombreuses à avoir une pratique sportive régulière. Notre rapport aux autres agit sur notre santé mentale, mais aussi globale. Or, il y n'y a jamais eu autant de personnes se sentant seules dans le monde. A tous les âges de la vie, les liens que l'on entretient avec les autres nous permettent de nous définir en tant qu'individu, et en tant que groupe.
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Le juste milieu, pour qui sait le penser avec rigueur, est de pouvoir faire l'un aussi bien que l'autre, c'est à dire d'être capable de l'un comme de l'autre extrême. C'est dans cet "égal" de l'égal accès à l'un comme à l'autre qu'est le "mi-lieu". Trois ans de deuil à la mort de son père, nous dit-on, ce n'est pas trop ; mais boire des coupes sans compter au cours d'un banquet, ce n'est pas trop non plus - je n'exagère d'aucun côté (mais vais à l'extrême de chaque possibilité, remplis complètement chaque exigence). Le risque est plutôt que, s'enlisant d'un côté, on se ferme à l'autre possibilité et qu'on en rate ainsi l'occurence. Par opposition à quoi, la disponibilité sera de maintenir l'éventail complètement ouvert - sans raidissement ni évitement - de façon à répondre pleinement à chaque sollicitation qui passe, c'est à dire sans rien laisser de côté ni soi-même se braquer.
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Pourquoi aimons-nous le haiku ? Sans doute pour l'acquiescement qu'il suscite en nous, entre émerveillement et mystère. Le temps d'un souffle (un haiku, selon la règle, ne doit pas être plus long qu'une respiration), le poème coïncide tout à coup avec notre exacte intimité, provoquant le plus subtil des séismes. Sans doute aussi parce qu'il nous déroute, parce qu'il nous sort de notre pli, déchirant une taie sur notre regard, rappelant que la création a lieue à chaque instant. "Salve contre l'habitude", disait justement Henri Pichette à propos de la poésie - "ravissement soudain dans l'imprévisible", répondraient les haikistes qui traquent l'inconnu au coeur du familier. Peut-être enfin parce qu'il sait pincer le coeur avec légèreté. Rien de pesant, rien de solennel, rien de convenu. Juste un tressaillement complice. Une savante simplicité. L'éclosion spontanée d'une fleur de sens.
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Il aimait cette nature sauvage et virginale des Alpes... - Les Alpes, avec leurs torrents qui mugissent, leurs rivières qui bondissent échevelées du haut des pics gigantesques, leurs cavernes profondes, leurs forêts ombreuses et sonores ; leurs flancs nus et grisâtres, leurs têtes de neige, leurs aiguilles, leurs cimes plissées et découpées comme des franges ; - Les Alpes dont les bases s'allongent, se contournent, s'arrondissent avec une grâce infinie, et se développent en délicieuses collines, en gorges sombres et taciturnes ; les Alpes avec leurs lacs bleus dans d'énormes conques de rochers, courronnées quelquefois d'immenses forêts de pins, harmonieux dans la tempête, et de peupliers dont le feuillage ondoie comme une chevelure quand une soirée d'orage se balance à leurs cimes. Oh, c'était bien beau à voir, à parcourir, à embrasser de toutes les puissances de son âme. (Jean-Pierre Veyrat)